Dix ans sans fumer

Cette semaine, du 17 au 23 janvier, c’était la Semaine pour un Québec sans tabac 2016. Vous avez vu la campagne télévisée véhiculant des publicités chocs où l’on voit des personnes atteintes de maladies causée par le tabagisme. Vous avez entendu parler ici et là de sensibilisation, de prévention et des moyens disponibles pour se libérer du tabac. La question qui tue : après tous ces efforts déployés pour vous enlever le goût de la cigarette, avez-vous enfin décidé d’arrêter de fumer?

20160122_152427Malheureusement, la réponse est souvent non. Parce qu’aujourd’hui, lorsqu’on a la ténacité de poursuivre dans la voie du tabagisme, c’est qu’on a vraiment et définitivement la couenne dure! Quand, malgré les températures glaciales de janvier et février, on persiste à sortir dehors pour en griller une, quand on réussit à se trouver quelques endroits où le droit de fumer existe encore… C’est que l’on est un vrai fumeur, un dur de dur. N’est-ce pas pour cette raison qu’adolescente, je m’étais cachée pour toussoter ma première cigarette?  Je voulais avoir l’air d’une « toffe », d’une rebelle, d’une rock star…  Je voulais faire partie de la gang qui se rassemblait au fumoir et avoir l’air de celle qui se fout de tout. Mais aujourd’hui, même si fumer n’est plus aussi cool que dans le temps, qu’il n’y a plus de fumoir dans les écoles et que fumer est illégal pour les moins de 18 ans, le tabagisme réussit encore à se tailler une place au royaume de l’adolescence.  Au Québec, 23% des jeunes de secondaire 5 (1 élève sur 4) fument la cigarette.

Lorsqu’on est adolescent, le futur est une notion abstraite plus ou moins visualisable. Le cancer du poumon ou de la gorge, l’emphysème… ce sont des conséquences du tabagisme que l’on essaie de brandir sur la tête des ados comme une épée de Damoclès, mais qui sont des dangers à long terme… Alors comment faire en sorte qu’ils se sentent touchés maintenant par ce qui les attend dans 30, 40 ou 50 ans? Comment aurait-on pu me convaincre d’arrêter de fumer lorsque j’avais 15 ans? En m’envoyant une image « pas cool » du fumeur? Peut-être. Mais encore aurait-il fallu que cette image convainque également mes amis et surtout, le beau gars sur lequel j’avais un « gros kick » et qui avait l’air tellement « hot » avec sa Player’s sur le coin de la bouche. Quand on est ado, on n’a peur de rien, le futur est loin et on suit le groupe pour ne pas se faire rejeter. À moins de se forger une personnalité assez forte pour résister, pour exister en marge de ce qui est populaire ou non.

J’avais 16 ans lorsque je suis allée au chevet de ma grand-mère, qui a été fumeuse toute sa vie, qui venait de subir une crise cardiaque. Elle pleurait en me disant : « Ma Jo, arrête de fumer. C’est pas bon. Regarde ce que ça a fait à Mamie. » J’avoue que ça m’a secoué. J’avais l’impression qu’elle venait de m’envoyer un mauvais sort, pour réaliser plus tard que c’est la réalité que j’avais devant moi. Le réel sort de ceux qui n’éteignent jamais. Mais ce n’était pas un inconnu à la télé qui me le disait, c’était MA grand-mère. Elle, elle n’a pas eu le choix d’arrêter de fumer à ce moment-là. Mais un an plus tard, le passé la rattrapait et un infarctus nous l’enlevait pour de bon. Moi aussi, j’avais arrêté de fumer.  Et j’ai recommencé parce que je n’arrivais pas à croire qu’après un an d’efforts, elle perdait quand même la vie à cause de la cigarette. Ma grand-mère avait 61 ans. Moi, j’en avais 17.

J’ai arrêté de nouveau 10 plus tard lorsque j’ai su que j’étais enceinte de mon fiston, à l’âge de 28 ans. Pendant un an, je me suis fait violence pour ne pas flancher. Mon conjoint fumait à l’extérieur pendant ce temps, mais je pouvais humer l’odeur du tabac qui m’appelait cruellement… à chaque fois qu’il sortait pour donner libre-cours à son besoin d’inhaler. Je n’ai pas fumé de ma grossesse. C’est lors de notre première sortie « post-partum » pour souligner la St-Valentin, assis dans la section fumeur d’un bistro, que je lui demandai de m’en offrir « juste une poffe… ». Erreur!  Je recommençai à fumer le lendemain. Par contre, je tiens à préciser que je n’ai jamais à l’intérieur de l’appartement. Et je m’en fis un devoir jusqu’en février 2006 où mon corps me ramena à l’ordre…

Sinusite atroce. Antibiotiques. Pas capable de fumer sans me cracher le corps au complet… Je me suis ainsi retrouvée 5 jours sans pouvoir toucher une seule cigarette. 5 jours? Alors, pourquoi ne pas essayer de prolonger l’arrêt?  C’est ainsi que commença ma vie de non-fumeuse. Sans timbres, sans gomme de nicotine, sans médicament. Une vraie dure de dure!

Et dans quelques semaines, le 19 février 2016, je célèbrerai mes 10 ans sans tabac. Un anniversaire qui me fait penser à ma mamie à chaque année. Peut-être, dans le fond, que c’est elle qui a allumé une petite allumette dans mon cerveau lorsqu’elle me priait de ne pas fumer. Ça m’a pris du temps avant d’allumer (ou plutôt d’éteindre!), mais je l’ai fait. Pas à cause des publicités, pas à cause des autres. Mais j’avoue que si les lieux publics avait été « sans fumée » lors de ce fameux souper de St-Valentin, quelques mois après mon accouchement, peut-être que je n’aurais jamais recommencé. Ça, je ne le saurai jamais…

Pour moi, les nouvelles normes régissant l’usage du tabac dans les lieux publics fût un aidant naturel. Resserrer l’étau autour de la cigarette et des fumeurs peut avoir un effet bénéfiques pour certains, ce fût mon cas. Mais il en demeurera toujours que fumer ou arrêter de fumer est un choix. J’ai choisi d’arrêter de fumer à 31 ans.

J’aurais pu ne jamais commencer ni recommencer… De ça, je serais tellement plus fière!

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