Réflexion post-érotisme!

S’il est un sujet au langage universel, n’est-ce pas le sexe? Mais, malgré ce point d’union humain, chaque peuple utilise son propre dialecte pour évoquer notre rapport au corps, à l’acte sexuel et à ce qui allume le désir en chacun. En région, l’obstacle premier est le malaise créé par l’absence d’anonymat. Vous êtes en ces lieux où des visages connus vous entourent et vous devez conjuguer avec ce regard que vous recroiserez à l’épicerie du coin ou lors de votre prochain rendez-vous chez le dentiste. En soi, offrir un spectacle où l’érotisme est au centre de l’action ici-même, à Rivière-du-Loup, relève de l’audace! Et, heureusement, la compagnie du Loup de Cambronne a osé imager, verbaliser et mettre en scène cet inédit Cabaret Érotique!

Cet enchainement de numéros variés nous transporte d’un univers à un autre avec brio. Un effet crescendo nous mène vers l’apothéose, que ce soit en première ou en deuxième partie. D’abord, l’animation est assurée de main de maître par les comédiens Eve Landry et Sébastien Leblanc. Un brin irrévérencieux, les deux animateurs se sont « mouillés » dès le départ en nous partageant leur première expérience sexuelle. Quelques confidences à saveur locale de la belle (originaire de la région) lancèrent la soirée!

Le premier numéro est un amalgame de la musique langoureuse de Johnny Noland sur laquelle s’étale la poésie érotique murmurée par Marie-Amélie Dubé, la metteure en scène du spectacle. La glace est ainsi brisée! On enchaine avec une aventure médicale fantasmatique et humoristique racontée par Louis Gagnon. Ce sera suivi d’une chanson interprétée par Marilie Bilodeau et le slammeur rimouskois Jean-Maxime Lévesque, un duo où le gentleman adopte un langage de plus en plus explicite pour témoigner ses intentions à la dame qui, bien naïve, n’y comprend rien. Frank Malenfant s’amène pour nous raconter une brûlante passion, vêtu d’une robe de chambre, qui visiblement, lui donnait des chaleurs! Par la suite, la volupté s’en est donnée à cœur joie avec une lecture coquine dans le noir mettant en vedette la voix grave et appétissante de Sylvain Dionne, secondé par une Constance Céline Brousseau vibrante et… complètement jouissive!  Un numéro savoureux! La première partie s’est terminée par le visionnement d’une vidéo réalisée par Louis-Philippe Gélineau-Busque dans laquelle une toile est réalisée avec un pinceau, disons… corporel! Cette façon de traiter le sujet de l’érotisme résulta en une vidéo d’une beauté artistique indéniable. La dite toile fût ensuite vendue en enchère aux profits du Théâtre du Loup de Cambronne, non sans susciter quelques gags de la part de Sébastien Leblanc!  L’entracte se révéla le prétexte parfait pour admirer les clichés suggestifs de la photographe Valérie Lavoie.

On amorce la deuxième partie du spectacle avec une vidéo de Léa Didelot et Niels de Sevin où une jeune femme tente de séduire par la danse et l’expression corporelle un jeune homme qui semble ne pas trop saisir le message… C’est suivi d’un numéro amusant de Karine Vincent, un happening sonore où le public se transforme en bruiteur érotique! Johnny Noland nous sert ensuite un numéro instrumental : une interprétation très sixties et lascive de What a wonderful world à la guitare. On revient à l’art vidéo dans une réalisation de Gabriel Drapeau où nous visualisons un strip-tease sur un fond musical très underground, une vidéo dont les effets visuels ont été créés par l’utilisation de l’écran cathodique. Molo (Marc-Olivier Dugas) s’amène ensuite ans un théâtre mimé  à la Mr. Bean, un numéro très réussi et hilarant, où un jeune homme maladroit vivra un rendez-vous haut en émotions! Et, finalement, l’excellent conteur Mathieu Barrette nous livre un récit « coup de poing » où la rancoeur et l’érotisme se côtoient, une prestation très sentie qui nous cloue sur notre chaise… au moment où l’on doit quitter la salle!

Le Cabaret érotique se déroulait en deux soirées, deux représentations distinctes dotées d’une programmation différente. J’ai assisté à la grande première, soit celle du vendredi 12 février de cette 2e édition du cabaret. La salle, disposée en formule cabaret, avec tables et chaises dispersées, me permit de côtoyer un très sympathique couple de Montmagny qui avait assisté à la première édition. Dès le départ, la barre était haute puisqu’ils avaient littéralement adoré leur première expérience. Ils avaient donc de très grandes attentes pour cette récidive. Ils m’ont confié que les numéros présentés ne rivalisaient pas avec l’ambiance générale de l’année précédente. Les présentations, bien que très intéressantes, abordaient le sujet de façon plus intellectuelle que l’an passé.

Néanmoins, de mon côté, n’ayant aucun référent, j’ai savouré le spectacle avec un œil non-initié et j’ai apprécié l’univers dans lequel on a voulu me plonger. Par contre, j’en aurais pris encore… ce qui est bon signe, n’est-ce pas?!  Le ton irrévérencieux, la place laissée à l’humour et l’aspect expérimental de l’événement m’ont agréablement divertie. Il y a de ces incontournables qui s’inscrivent dans notre paysage culturel, et je crois que le Cabaret érotique s’inscrit dans cette lignée. Le Cabaret érotique sera à la St-Valentin ce que le Bye Bye est à la nouvelle année!

Crédit-photo: Gabriel Goulet / Théâtre du Loup de Cambonne.

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