Les Invisibles… une exposition à voir et à réfléchir!

Des animaux que l’on domestique et cajole et d’autres, que l’on abat et dévore sans culpabilité: pourquoi? Voilà de quoi semer la pagaille dans notre esprit et c’est ce lien animal/humain qu’a désiré explorer l’artiste Gabrielle Gendron à travers ses œuvres. Sans s’avancer sur la voie de la dénonciation, elle opte plutôt pour le questionnement. Entre la domination et la protection, entre la domestication (qui va parfois même jusqu’à l’humanisation de l’animal) et l’exploitation (nourriture, fourrure, etc.) qui se déverse dans la surconsommation (les modes vestimentaire, les comptoirs de viandes remplis à outrance), elle exprime ce malaise collectif profond.

 L’exposition Les Invisibles s’attarde donc à l’histoire des animaux sauvages qu’elle qualifie d’entités. Renard, belettes, castors, rats musqués, loutres… Pensent-ils? Sont-ils sensibles ou raisonnés? Que signifie leur silence? C’est un séjour d’observation et de documentation avec un piégeur qui a semé en elle cette réflexion qu’elle a choisi d’approfondir par le biais de l’art. Elle a pu constater que le piégeur agit dans un geste presque spirituel, qu’il effectue un métier où la minutie et le savoir-faire sont de mise. Le piégeage est un art dont elle nous révèle la noblesse.

Dans ses oeuvres, Gabrielle Gendron utilise la peinture et le dessin afin de représenter cette cohabitation humain-animal. Elle s’inspire de photographies qu’elle a prises lors de son séjour d’observation. Dans ces clichés, elle s’attarde au regard de l’animal ou à la position de son corps, qu’elle sort de son contexte photographique pour le réinterpréter sous l’angle de sa relation avec l’humain. Des feuilles de patrons textiles rappellent l’utilisation de la fourrure pour créer des vêtements, du papier d’arche évoque la temporalité et la conception ancestrale du métier de piégeur. Sur chaque tableau d’animal piégé, un élément fait le lien entre celui-ci et l’humain, que ce soit un ciseau, une main, un enfant qui dort, une aiguille de couture, des cartes topographiques… Parfois même, le corps humain est dénudé de sa peau, comme un animal à qui l’on a enlevé sa fourrure.

20160331_173603

L’exposition ne sombre pas dans le sensationnalisme ni, comme je le disais plus tôt, dans la dénonciation. Les animaux sont peints avec un respect qui leur confère une certaine dignité dans cette mort passée sous silence. Les couleurs sont discrètes, un peu comme la vie et la mort de ces bêtes le sont. Pas d’effusion de sang, les seules touches de rouge que l’on y retrouve se rapportent au corps humain, à sa musculature. Les dessins sont réalisés avec beaucoup de précision et rendent hommage à ces sujets qui, avouons-le, nous imprègnent d’une culpabilité douloureuse et silencieuse. Une culpabilité qui nait de ce fameux questionnement que nous soumet Gabrielle Gendron. Les invisibles, ont-ils une âme?

Découvrez la sensibilité de cette artiste originaire du Témiscouata, plus précisément de Dégelis qui fût récipiendaire, en 2015, de la Bourse à la relève artistique du Bas-St-Laurent. Visitez l’exposition Les Invisibles de Gabrielle Gendron qui vous est présentée à la Maison de la Culture jusqu’au 22 mai 2016.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s